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EDITORIAL
La guerre absurde et l'ethniquement correct
Editorial du 26 septembre 2002

Un beau matin de janvier 1994. Les habitants des quartiers Kamenge et Ngagara découvrent l'horreur. Une centaine de personnes, trouvées dans des cabanes de Kamenge-Gasenyi, dont des enfants, poignardées à la baïonnette, sont étendues à la RN1, au niveau de la gare du nord. Des enquêtes sont promises. Peu à peu, des massacres de ce genre se multiplient. Bugendana, Buta, et que sais-je encore. Finalement, des civils qui meurent, qui se font exécuter, des politiciens qui demandent une enquête, c'est devenu classique. Combien d'enquêtes de ce genre ont -elles abouti, depuis 1993 ? Où en est-on avec la première des enquêtes sur cette crise, celle relative à l'assassinat du Président Ndadaye ? Et les poursuites ? Je ne vous demande pas de répondre. Contentons-nous pour l'instant de constater que les déclarations ne feront pas revenir les morts. Ils sont partis, en un clin d'œil. Itaba est l'illustration type de la crise burundaise. Depuis ses débuts.

Le drame -et non pas l'incident- d'Itaba, a montré, une fois de plus, que les Burundais sont peu sensibles à ceux qui ne sont pas de leur calibre. Ils sont solidaires, ethniquement. Pas mauvais. Seulement, tous devraient être interpellés par de telles atrocités. Indépendamment des morts. Indifféremment des responsables. Une vie ne vaut pas grand chose au Burundi. Il ne se passe un jour, sans que des dizaines de vies disparaissent, à cause de la guerre. De la politique politicienne. De la magouille financière. Des hutu ? Des tutsi ? Des deux. Des militaires ? Des rebelles ? Certainement.
Nous l'avons déjà dit : les civils doivent être protégés, entièrement, au maximum. Sans prétexte. Non pas que les militaires et les rebelles soient des chairs à canon, mais parce qu'eux au moins, ils ont choisi. Ils se sont engagés. Depuis le début de cette sale guerre, des milliers de civils ont péri. Sous les feux de l'armée ou de la rébellion. A cause de leur appartenance ethnique. Ou de leur collaboration active ou passive, avec l'une ou l'autre partie.

Dans notre guerre, civile de surcroît, on est indirectement proche de l'un ou l'autre camp. Fatalement. La guerre chez nous oppose deux groupes ethniques. On s'en fout des colorations politiques ou régionalistes qu'elle a pu prendre, tel un caméléon. Il est vrai que l'on a eu droit à quelques revirements spectaculaires. Des anciens rebelles qui servent aujourd'hui l'armée qu'ils combattaient. Des anciens chefs rebelles, aujourd'hui membres de la délégation gouvernementale aux négociations. Et cela s'appelle de la bonne représentation au Burundi. Qu'à cela ne tienne ! Les politiciens tutsi défendent l'armée, becs et ongles. La raison est bien simple. C'est la " leur", enfin, c'est eux qui le disent. Ils la veulent ainsi. Aussi longtemps que possible. Ils ne peuvent pas s'en prendre à leurs frères. A leurs cousins. D'un autre côté, des politiciens hutu sont issus de certains mouvements armés. Normal qu'ils soient parfois tolérants des méfaits de ceux-ci. Et qu'ils soient sévères contre les crimes de l'armée. Le naturel qui revient au galop.

Oui, la crise burundaise a des dimensions hautement ethniques. Oui, les tutsi veulent-et c'est logique- être assurés contre le risque d'extermination. Oui, les hutu n'ont pas confiance en l'armée, qu'ils considèrent tutsi et responsable de leurs malheurs. Et de ce point de vue, il s'agit d'une torture morale, de demander aux hutu de collaborer avec l'armée. Il s'en faut qu'il y en ait qui en appellent à une certaine trilogie, qu'ils veulent cohérente, quand ses composantes ne le sont nullement. Allez population, allez forces de l'ordre et vous administration, unissez-vous ? Sans blague ! La rengaine est dans l'air depuis 1991. Repris en 1994, le remake n'a pas fait beaucoup de succès. Au contraire. Les milliers de civils éliminés depuis 1994 ont bien montré les limites d'une telle démagogie dans l'administration du territoire.

Le gouvernement de transition est dans de sales draps. Ceux qui disent qu'il a échoué, ont une raison de plus à lui flanquer au visage. Malgré son discours mielleux, justificatif du malheur présent. Il devra, pour être crédible, prouver sa capacité d'assurer la sécurité des populations non armées. C'est du politiquement correct.

La rédaction


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