Un beau
matin de janvier 1994. Les habitants des quartiers Kamenge
et Ngagara découvrent l'horreur. Une centaine de
personnes, trouvées dans des cabanes de Kamenge-Gasenyi,
dont des enfants, poignardées à la baïonnette,
sont étendues à la RN1, au niveau de la gare
du nord. Des enquêtes sont promises. Peu à
peu, des massacres de ce genre se multiplient. Bugendana,
Buta, et que sais-je encore. Finalement, des civils qui
meurent, qui se font exécuter, des politiciens qui
demandent une enquête, c'est devenu classique. Combien
d'enquêtes de ce genre ont -elles abouti, depuis 1993
? Où en est-on avec la première des enquêtes
sur cette crise, celle relative à l'assassinat du
Président Ndadaye ? Et les poursuites ? Je ne vous
demande pas de répondre. Contentons-nous pour l'instant
de constater que les déclarations ne feront pas revenir
les morts. Ils sont partis, en un clin d'il. Itaba
est l'illustration type de la crise burundaise. Depuis ses
débuts.
Le drame
-et non pas l'incident- d'Itaba, a montré, une fois
de plus, que les Burundais sont peu sensibles à ceux
qui ne sont pas de leur calibre. Ils sont solidaires, ethniquement.
Pas mauvais. Seulement, tous devraient être interpellés
par de telles atrocités. Indépendamment des
morts. Indifféremment des responsables. Une vie ne
vaut pas grand chose au Burundi. Il ne se passe un jour,
sans que des dizaines de vies disparaissent, à cause
de la guerre. De la politique politicienne. De la magouille
financière. Des hutu ? Des tutsi ? Des deux. Des
militaires ? Des rebelles ? Certainement.
Nous l'avons déjà dit : les civils doivent
être protégés, entièrement, au
maximum. Sans prétexte. Non pas que les militaires
et les rebelles soient des chairs à canon, mais parce
qu'eux au moins, ils ont choisi. Ils se sont engagés.
Depuis le début de cette sale guerre, des milliers
de civils ont péri. Sous les feux de l'armée
ou de la rébellion. A cause de leur appartenance
ethnique. Ou de leur collaboration active ou passive, avec
l'une ou l'autre partie.
Dans
notre guerre, civile de surcroît, on est indirectement
proche de l'un ou l'autre camp. Fatalement. La guerre chez
nous oppose deux groupes ethniques. On s'en fout des colorations
politiques ou régionalistes qu'elle a pu prendre,
tel un caméléon. Il est vrai que l'on a eu
droit à quelques revirements spectaculaires. Des
anciens rebelles qui servent aujourd'hui l'armée
qu'ils combattaient. Des anciens chefs rebelles, aujourd'hui
membres de la délégation gouvernementale aux
négociations. Et cela s'appelle de la bonne représentation
au Burundi. Qu'à cela ne tienne ! Les politiciens
tutsi défendent l'armée, becs et ongles. La
raison est bien simple. C'est la " leur", enfin,
c'est eux qui le disent. Ils la veulent ainsi. Aussi longtemps
que possible. Ils ne peuvent pas s'en prendre à leurs
frères. A leurs cousins. D'un autre côté,
des politiciens hutu sont issus de certains mouvements armés.
Normal qu'ils soient parfois tolérants des méfaits
de ceux-ci. Et qu'ils soient sévères contre
les crimes de l'armée. Le naturel qui revient au
galop.
Oui,
la crise burundaise a des dimensions hautement ethniques.
Oui, les tutsi veulent-et c'est logique- être assurés
contre le risque d'extermination. Oui, les hutu n'ont pas
confiance en l'armée, qu'ils considèrent tutsi
et responsable de leurs malheurs. Et de ce point de vue,
il s'agit d'une torture morale, de demander aux hutu de
collaborer avec l'armée. Il s'en faut qu'il y en
ait qui en appellent à une certaine trilogie, qu'ils
veulent cohérente, quand ses composantes ne le sont
nullement. Allez population, allez forces de l'ordre et
vous administration, unissez-vous ? Sans blague ! La rengaine
est dans l'air depuis 1991. Repris en 1994, le remake n'a
pas fait beaucoup de succès. Au contraire. Les milliers
de civils éliminés depuis 1994 ont bien montré
les limites d'une telle démagogie dans l'administration
du territoire.
Le gouvernement
de transition est dans de sales draps. Ceux qui disent qu'il
a échoué, ont une raison de plus à
lui flanquer au visage. Malgré son discours mielleux,
justificatif du malheur présent. Il devra, pour être
crédible, prouver sa capacité d'assurer la
sécurité des populations non armées.
C'est du politiquement correct.
La rédaction