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Hier
le 5 septembre 2002 un séminaire-atelier
sur le rôle des media dans la construction
de la paix s'est tenu dans la maison de
la presse. Ce séminaire qui a réuni
les journalistes des media publics et privés
était soutenu financièrement
par les l'Institut Panas de Paris et visait
à faire le point sur les modalités
de contribution des médias burundais
pour le retour rapide à la paix et
à la stabilité au Burundi.
Deux
personnalités étaient invitées,
l'une pour mettre la lumière dans
le travail déjà fait et aider
le public présent à faire
un diagnostic honnête du rôle
joué par les media, l'autre pour
expliciter ce que c'est la justice transitionnelle
dans le cadre du Burundi.
Après
un bref mot d'ouverture du Ministre de la
Communication et Porte-Parole du Gouvernement,
Monsieur Albert Mbonerane, le premier Conférencier,
Monsieur Louis-Marie Nindorera, Directeur
de l'ONG International Human Rights Law
Group a fait un exposé sur le thème
" Media burundais, Gestion et Prévention
des Conflits perspectives ".
Il
a souligné que le conflit burundais
que le pays endure depuis 9 ans est lourd
de conséquences négatives
et que malgré toutes les initiatives
pour la paix le pays sombre encore dans
l'impasse.
Il a invité le public présent
à s'interroger avec lui sur la pertinence
des stratégies qui ont été
mises en uvre au fil des années
pour résoudre la crise.
Monsieur
Louis-Marie Nindorera a trouvé que
c'est entre autre la crise de l'information
et mécanismes de communication inter-communautaire
et intracommunautaire qui constituent un
des blocages. Il en a inféré
que c'est par l'exploitation positive des
media que certaines stratégies de
résolution du problème burundais
porteraient leurs fruits, l'information,
dit-il, étant à la base de
l'opinion et l'opinion étant à
la base des attitudes. Il a relevé
de nombreux atouts dont bénéficient
les media burundais et a fait noter que
la loi qui est un de ces atouts ne peut
pas couvrir tout sans être complétée
par une bonne volonté de la part
des journalistes qui se manifeste dans une
certaine ethique commune facile ou pas observée
rigoureusement dans la pratique du métier.
Le
besoin quotidien et naturel d'information
accentué logiquement par la crise
incline les professionnels des media à
adopter des attitudes et des aptitudes de
plus en plus cohérentes et adaptées
a-t-il insisté. Le conférencier
a, avec exemples à l'appui, mis en
exergue le clivage dangereux entre les reportages
hutisants et les reportages tutsisants observé
dans tout l'environnement médiatique
burundais et a plaidé en faveur de
l'élaboration d'un code éthique
pour ressouder la morale journalistique.
La
deuxième conférencière,
Madame Marie Inamuganuro a exposé
sur le thème " media et justice
transitionnelle ". La conférencière
a explicité la notion de justice
transitionnelle placée dans le cadre
du Burundi. Elle a passé en revue
l'historique de la crise burundaise et les
différentes initiatives de paix depuis
San Egidio à Arusha en passant par
le Caire puis elle a fait une analyse prospective
des différentes pistes de solution
proposées aujourd'hui comme la Commission
Vérité et Réconciliation
et le Tribunal International pour le Burundi.
Elle a évoqué l'expérience
vécue sous d'autres cieux par rapport
à ces types de solution et a terminé
son exposé par une série d'interrogations
que le public présent a été
invité à partager en prenant
soin de noter comme Romain Rolland que "
Il n'existe pas de vraie paix qui n'ait
pas source dans la Justice ".
Pendants
les débats le Président Ntibantunganya
Sylvestre, ancien journaliste, a, au cours
de l'une de ses interventions, fustigé
l'attitude du gouvernement de punir un medium
en l'empêchant purement et simplement
de fonctionner ou en le censurant. Il a
fait noter qu'une telle attitude provoque
des réactions plus négatives
entre autres l'exercice du droit d'expression
sous une autre forme souvent nuisible ou
la fuite dans les media moins contrôlables
comme l'Internet. Il a plaidé en
faveur de l'envoi des correspondants des
media publics dans les pays de la sous-région.
Le
chargé du programme au PNUD, David
Q., propose la création de l'observatoire
des media comme en Afrique Occidentale alors
que le consultant sénégalais
Abdul Koulibaly a trouvé que la Côte-d'Ivoire
qui a l'observatoire des medias le plus
ancien de l'Afrique de l'Ouest a un environnement
médiatique le plus pervers de ce
coin de l'Afrique.
Le
conférencier Louis-Marie Nindorera
est revenu au cours des débats sur
la liberté de la presse et a plaidé
en faveur de l'implication active de tous
les protagonistes au conflit burundais pour
les encourager à accepter un dialogue
contradictoire mais constructif. Pour cela
il propose de rectifier la décision
qui empêche les journalistes burundais
de tendre le micro aux rebelles pour que
ces derniers façonnent de plus en
plus leur responsabilité dans la
résolution du conflit en affrontant
les débats contradictoire et en manageant
en responsables ces idées croisées
qui visent la construction de la paix.
A
la question de préciser l'engagement
personnel adressée par Eric Shima
(umuco.com) au Président du Conseil
National de la Communication, Monsieur Manda
Jean-Pierre au sujet de la révision
de cette décision, ce dernier a hésité,
estimant que ce qui est unanime dans les
milieux médiatiques ne l'est pas
nécessairement dans le reste de la
population en ces périodes difficiles
de profondes contradictions en rappelant
qu'en plus cette décision n'a pas
été prise dans un organe qu'il
contrôle.
Malgré
les défis nombreux qui attendent
les efforts du Gouvernement et de ses bailleurs
de fonds ainsi que la bravoure et les attitudes
plus positives des journalistes, il est
ressorti des débats que le journalisme
burundais fait des progrès malgré
tout et qu'il occupe une place de choix
dans l'ensemble des Grands-Lacs.

Par
Eric Shima
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