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Burundi - Politique

Ingénieur Hydrogéologue, ancien étudiant à l'institut des mines de Leningrad actuel ST Petersbourg en ex-Union Soviétique.
Diomède Rutamucero a terminé ses études en 1982. Marié et père de deux enfants, sans travail depuis la victoire du FRODEBU aux présidentielles de 1993, jeté en prison plus de 15 fois ; il a déjà versé une amende d'environ de 2 millions de FBU, soit 2.000$.
Il est Président du mouvement PA-Amasekanya (PA :Puissance d'Autodéfense Amasekanya) . " La lutte contre le génocide des Tutsi doit continuer (…) même si une partie de la Communauté Internationale nous boycotte



Ir. Diomède
RUTAMUCERO

Bujumbura, le 21 juin (umuco.com )

Umuco.com : Pourquoi le mouvement PA-Amasekanya ?

Ingénieur D.R : Le Mouvement d'Autodéfense PA-Amasekanya a été créé suite au génocide des Tutsis déclenché en 1993 et qui continue actuellement. C'est un groupe de Burundais qui se sont mis ensemble pour essayer de voir comment résister contre ce génocide qui a été planifié, organisé, exécuté et même financé par le parti Sahwanya FRODEBU.

Umuco.com : Qu'est-ce qui vous permet d'accuser le FRODEBU ?

I.D.R. : Le rapport des Nations Unies n°S/1996/682 le mentionne bien. Les témoins ou les rescapés reconnaissent tous que c'est le parti FRODEBU et ses alliés qui ont commis ce génocide. C'est flagrant que c'est le Frodebu. Même les autorités actuelles notamment le Président Buyoya et le Vice-Président de la soi-disante Assemblée Nationale l'ont reconnu . Vous savez même qu'avant le 21 octobre 1993, il y avait toute une préparation d'exterminer les Tutsi. Vous savez aussi que ce génocide a été exécuté dans les provinces de la même manière, il y avait une réelle organisation pour commettre ce génocide. Et même certains membres du FRODEBU ne le nient pas.


Umuco.com : Vous parlez de qui ?

I.D.R. : Quand il y a eu le déclenchement du génocide, le Docteur Jean Minani, actuellement Président de la soi-disante Assemblée Nationale de transition, a utilisé la radio du Rwanda et la RTLM et a dit aux populations hutu de venger le Président Ndadaye. Il y a aussi, une déclaration qui a été signée par l'Honorable Frédéric Ngenzebuhoro actuel Vice-Président de l'Assemblée Nationale, il reconnaît bien que Minani est le symbole même du génocide des Tutsi dans une déclaration signée le 15 juillet 1995 alors qu'il était Président du groupe parlementaire UPRONA.

Umuco.com : Avez-vous entendu de vos propres oreilles le Docteur Jean Minani appeler sur radio Rwanda les Hutu au génocide ? Ou c'est une rumeur ?

I.D.R. : Il y a une cassette, mais écouter quand il l'a dit ; il n'a pas dit : " vous population membres du FRODEBU, il y a le Président Ndadaye qui est tué, allez chercher les militaires qui l'auraient tué ", il ne l'a pas dit. Il a dit qu'il faut que les gens se lèvent comme un seul homme pour résister. Alors, ils avaient les consignes. En tous cas à partir de son discours ils ont commencé à tuer les pauvres Tutsi et les Hutu non-membres du FRODEBU. Pourquoi se bat-il pour qu'il y ait amnistie des terroristes génocidaires ? C'est parce qu'il se voit concerné. Il n'y a pas longtemps sur les media du Burundi M. Jean a répondu qu'il faut que les gens oublient le passé. On lui demandé ce qu'il a dit le 21 octobre sur radio Kigali .

Umuco .com : Vous dites que P .Amasekanya est un groupe de Burundais, est-ce que on peut y trouver des Hutus ?

I.D.R. : Toute personne qui veut entrer dans notre mouvement, qu'il soit Tutsti, Hutu ou Twa, de toute les régions, de toute religion peut entrer dans notre mouvement, mais on ne force personne à lutter contre le génocide des Tutsi.


Umuco.com : Au niveau de votre mouvement, comment luttez-vous contre le génocide ?

I.D.R. : Nous utilisons beaucoup de moyens, mais nous essayons de propager une idéologie contre le génocide, de montrer à la communauté nationale et internationale que les responsables des crimes, qu'ils soient Hutu ou Tutsi doivent être punis. Nous utilisons la non violence. Nous organisons beaucoup de manifestations malgré que nous soyons réprimés.

Umuco.com : N'y a-t-il pas quelque chose de violent dans votre mouvement ?

I.D.R. : Non, il n'y a pas de violence. C'est une puissance d'autodéfense, une puissance qui doit résister par tous les moyens au génocide. Amasekanya, ça ne veut pas dire quelque chose qui cogne, c'est plutôt quelque chose qui se porte très bien. Quand on demande en Kirundi si un tel va très bien, on répond c'est " Amasekanya ". Pas de violence là-dedans.

Umuco.com : On accuse vos membres d'insulter les gens lors du sport du week-end . Qu'est-ce que vous en dites ?

I.D.R. : Effectivement, celui qui insulte les gens, on l'attrape. On accuse à nos membres de chanter une chanson dans laquelle on dit qu'on demandera au FRODEBU où est passé la minorité Tutsi, qu'on demandera à certains dirigeants du FRODEBU comme Prosper Mpawenayo et les autres où est passé la minorité Tutsi, même si nos membres auraient chanté cela.
Est-ce une insulte ? Non. Qu'ils aillent d'abord emprisonner ou sanctionner les membres de la commission de l'ONU et Frédéric Ngezebuhoro qui ont écrit que le FRODEBU a commis le génocide des Tutsi. Dire que les gens ont commis un crime, ce n'est pas une insulte. Il faudrait au contraire que les gens s'expriment sur ça. Pourquoi toutes ces personnes sont-elles gardées par des Sud-africains ? C'est parce qu'elle savent ce qu'elles ont fait ? Elles n'ont pas peur de commettre le génocide tutsi et nous ne pouvons avoir peur de les dénoncer.

Umuco.com : P.A Amasekanya n'est pas agréé. Quelles sont les raisons ?

I.D.R : Nous avons été subitement agressé, une grande partie de la population burundaise a été tuée, des Tutsi, des Hutu et des Twa aussi. Nous disons que nous n'avons pas besoin d'aller chercher une autorisation pour nous défendre. Notre mouvement est de fait, spontané. Si on veut vous tuer, avez-vous besoin d'aller chercher d'abord l'autorisation de vous défendre ?
Est-ce que le Frodebu FDD-CNDD, Palipehutu-FNL ont-il été agréés ? Certains de leurs chefs, ne sont-ils pas dans les Institutions du pays ? Ce sont des gouverneurs des ministres, des parlementaires, des sénateurs et même des ambassadeurs. La question d'agrément pour nous n'est pas un problème. Nous avons été agréés par les populations qui adhèrent très nombreuses dans notre mouvement. Le code pénal, la constitution du Burundi de 1992, et la charte de l'unité autorisent les Burundais à se défendre quand ils sont menacés.

Umuco.com : Est-ce que P.A Amasekanya existe en dehors de la Capitale ?

I.D.R : Notre mouvement est présent à Bujumbura, à l'intérieur du pays et à l'extérieur. Vous avez vu que quand on nous a dernièrement emprisonné, nous avons reçu des soutiens venus du monde entier.

Umuco.com : Peut-on voir Diomède Rutamucero s'asseoir ensemble avec le Docteur Jean Minani et d'autres ténors du FRODEBU ?

I.D.R : Nous faisons comme les autres qui connaissent le droit et la morale universels.
Le Président G.W. Bush a dit bien qu'il ne peut ni discuter, ni s'asseoir avec les terroristes qu'ils ont à combattre. Le Président Jacques Chirac a refusé de discuter sur un même plateau avec Jean Marie Lepen lors du second tour des présidentielles.
Il disait que c'est un terroriste, que discuter avec lui, c'est un déshonneur. IL faut appliquer les Conventions Internationales pour la répression et la prévention contre le génocide. Nous ne pouvons pas nous asseoir avec eux sauf au tribunal, il faut au contraire qu'ils soient jugés conformément à la loi burundaise et aux Conventions Internationales.

Umuco.com : Vous confirmez votre extrémisme ?

I.D.R : Pour lutter contre le génocide, on ne peut pas être au milieu. On ne peut pas dire modéré. Il y a un groupe qui fait le génocide, il y a un autre qui le subit : ou bien on est du groupe qui tue, ou bien on est dans le groupe qui résiste. Moi je suis de l'autre côté de la baguette, à l'extrême.

Umuco.com : Un vrai extrémiste donc ?

I.D.R : Si je suis à l'extrême je dois lutter par tous les moyens contre le génocide. Il y a ceux qui pensent qu'être extrémiste, c'est péjoratif, non, pour moi c'est une fierté car Jésus-Christ a dit que pour enseigner l'amour du prochain il faut être extrémiste. Moi j'accepte. Pour lutter contre le génocide des Tutsi " Je suis extrémiste ".

Umuco.com : Vous êtes contre la Réconciliation Nationale ?

I.D.R : Qui doit d'abord se réconcilier ?

Umuco.com : Les Burundais.

I.D.R : Je suis d'accord que les Burundais, Hutu, Tutsi et Twa vivent ensemble pacifiquement. Mais je ne veux pas qu'on viole les lois nationales et internationales en disant qu'on doit nous réconcilier avec les terroristes génocidaires. Ces derniers doivent être jugés et sanctionnés. Voilà ce qu'on fait aux Etats-Unis, en Ex-Yougoslavie, au Rwanda et ailleurs.
Il ne faut pas que le Burundi soit un terrain d'essaie de l'impossible. Demander au Président Kagame. Vous dira-t-il qu'il peut négocier avec les Interahamwe ? Non. Est-ce que le Président Bush peut négocier avec Al Quaïda de Ben Laden ? Non. Alors pourquoi devons-nous négocier avec les terroristes génocidaires du Frodebu-CNDD-FDD et le PALIPEHUTU-FNL ?

Umuco.com : Et si la justice parvenait à établir les responsabilités des uns et des autres, êtes vous prêts à pardonner ?

I.D.R : Le pardon ne s'arrache pas de force. Il faut d'abord que la justice existe chez nous. Il est donné par les victimes.

Umuco.com : Il y a une opinion qui dit que vous vous entendez bien avec le Président de la République ?

I.D.R : Non, non. mais il n'est pas mon ennemi, je suis contre son système qui ne sanctionne pas les criminels. Vous savez que les amis du Président Buyoya sont bien, ils ont du travail, ils construisent des maisons en étage au moment où d'autres meurent de faim ; soyez sérieux, le Président de la République n'envoie pas ses amis en prison : est-ce un plaisir d'aller en prison ? Les amis du Président Buyoya sont au Parlement, au Gouvernement, au Sénat, dans la diplomatie ; ils divisent l'administration, ils ne sont pas tout le temps envoyés en prison. Non. Faites des enquêtes le Président de la République ne m'a jamais donné un franc. Et d'ailleurs avec notre position politique nous pensons que c'est vraiment visible que nous ne nous entendons pas.

Umuco.com : Mais votre train de vie n'a rien à avoir avec celui d'un véritable chômeur.

I.D.R : Le pouvoir, veut nous réduire dans la pauvreté, il veut qu'on meurt de faim. Je ne travaille pas depuis 1993 mais je ne dois pas mourir de faim. Dans le combat que nous faisons, nous essayons de montrer qu'on ne meurt pas de faim, que nous ne sommes pas mal habillés etc. On peut ne pas manger, mais tu ne le sauras jamais. Il y a une multitude de gens qu'on ne savent pas comment nous vivons actuellement.

Umuco.com : Pouvez-vous entrer dans le Processus de négociations ?

I.D.R : Evidemment, mais nous avons des conditions. Avec qui négocier et sur quoi négocier.
Il faudrait que le Pouvoir et la Communauté Internationale comprennent que notre mouvement PA-Amasekanya regroupe des Burundais qui ont droit à la parole. Quand on nous donnera la parole nous dirons ce que nous voulons.

Umuco.com : PA-Amasekanya peut devenir un parti politique ?

I.D.R : Nous n'avons rien à envier aux partis politiques. PA-Amasekanya est un grand mouvement, si demain on nous autorise à faire un meeting au Stade, aucun parti n'aura plus de membres que notre mouvement. Il est donc plus fort qu'un parti politique au Burundi.

Umuco.com: Etes-vous encore membre de l'Accord-Cadre

I.D.R : Si. Nous sommes dans l'Accord-Cadre pour la restauration d'un Etat de droit au Burundi parce que c'est un Accord qui est là pour lutter contre le génocide. Nous sommes ensemble.

Umuco.com : Mais l'Accord-Cadre a toujours décrié le processus d'Arusha. Mais vous, vous êtes prêts à entrer dans le Processus de Paix ?

I.D.R : Ça dépend de quel processus dont tu parles. Si vous parlez d'Arusha, ce n'en est pas un, c'est un processus qui reconnaît que les génocidaires sont des citoyens ordinaires. Si nous devons entrer dans le processus des négociations pour voir comment ramener la paix au Burundi, ce n'est pas dans le cadre d'Arusha.

Umuco.com :Combien de fois avez -vous été emprisonné ?

I.D.R : J'ai été emprisonné plus de 15 fois. La dernière fois, j'ai passé plus de 5 semaines d'abord à la BSR puis à la Prison Centrale de Mpimba.

Umuco.com : Dans quelles conditions de détention ?

I.D.R : Les prisons de Bujumbura sont très repoussantes. J'ai été détenu dans de très mauvaises conditions, mais la dernière fois, à Mpimba, en plus des conditions de la prison, les prisonniers accusés de génocide de Tutsi m'ont menacé de mort, humilié, hué, jusqu'à ce que les responsables de la prison me donnent des gendarmes pour assurer ma protection.

Umuco.com : Que disaient ces personnes qui vous menaçaient ?

I.D.R : Ils disaient que c'est moi mouvement qui empêche que les pouvoirs décrètent leur amnistie.


Umuco.com : Jeté en prison plus de 15 fois. A combien s'élève l'amande versée ?

I.D.R. : Les amandes que nous avons déjà payées se rapprochent à 2.000.000 de FBU, soit 2.000 dollars USA. C'est depuis 1997 que j'ai commencé à verser l'amende.

Umuco.com : Vous êtes chômeur. Qui paie ?

I.D.R. : Nous avons beaucoup de membres. Ils sont prêts à tous les sacrifices.

Umuco.com : Vous êtes un habitué de prisons.

I.D.R. : Vous savez, quand j'ai accepté de diriger un mouvement comme P.A. Amasekanya, ça fait parti des choses que j'accepte notamment l'emprisonnement, les harcèlements, tortures. A un certain moment, on est obligé de s'habituer à ce genre de choses. C'est aussi une manière de lutter contre le génocide.

Umuco.com : Avez-vous connu la torture ?

I.D.R. : A maintes reprises, physiquement et moralement. Dans ces différents cachots, il n'y a pas de plaisir.

Umuco.com : Quel est le cachot le plus terrible ?

I.D.R. : Tous ; pas d'hygiène ; des punaises, des moustiques grouillent partout. Et chaque fois que je suis en prison je prends des comprimés préventifs contre la malaria. Et puis dans les prisons du Burundi c'est une grande surpopulation.

Umuco.com : Quel rêve de P.A. Amasekanya ?

I.D.R. : Nous sommes sûrs que les Burundais qui résistent contre le génocide des Tutsi vont gagner. Ce n'est pas un rêve, c'est notre objectif. Tous les Burundais, Hutu, Tutsi et Twa doivent se mettre ensemble et mener cette guerre contre le génocide. Comment voulez-vous qu'en Afrique et ailleurs on protège les éléphants, les crocodiles, les tortues,… sans protéger Tutsi. On ferme les yeux quand on les tue .Les Tutsi font partie de l'humanité, il faut les protéger.

Umuco.com : Quelle personnalité de la Transition qui mérite honneur et sympathie ?

I.D.R. : Pour moi, personne.

Umuco.com : Que pensez-vous de la communauté internationale face à la position du PA-Amasekanya?

I.D.R : Nous sommes très déçus de voir qu'il y a une partie de la communauté internationale qui soutient la logique génocidaire au Burundi. Cette communauté internationale devrait décrier cette situation unique où les terroristes génocidaires dominent les hautes institutions de l'Etat. Regarder, les gens d'Al Quaïda, on les emprisonne loin à Cuba, les Interahamwe sont jugés à Arusha et ailleurs, on ne nous écoute pas, nous sommes boycottés, c'est une situation à décrier.

Propos recueillis par Gabriel Nikundana

 

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