Invité
de la semaine, Augustin Kabayabaya Président
de l'Association des journalistes(ABJ). Conteste
la mesure du Ministre burundais de la défense
d'interdire aux médias surtout indépendants
de diffuser des interviews des leaders rebelles.
L'association burundaise des journalistes
s'indigne et propose la promotion de la communication
Bujumbura,
le 18 mai (umuco.com)
Umuco.com : Comment avez-vous
accueilli cette mesure ?
Augustin
Kabayabaya : L'ABJ est tout simplement
tombée sur sa tête parce qu'on
se croyait avancé avec les Etats
généraux de la Communication,
avec toutes les manifestations que nous
avons faites à l'occasion du 3 mai.
Aujourd'hui, on est un peu comme déçu
parce que nos partenaires sur qui nous avions
commencé à compter ne nous
comprennent pas. Nous avons des responsabilités,
nous connaissons notre mission de ramener
la paix, aucun journaliste ne peut s'amuser
à rechercher les rebelles pour qu'ils
viennent combattre le pouvoir, nous les
recherchons pour avoir l'autre vision, essayer
de mettre cela en harmonie avec la vision
intérieure.
Umuco.com
: Quelle appréciation faites-vous
de cette rencontre des Ministres de défense,
de l'Intérieur et de la Sécurité
Publique, de l'Information et le patron
de la Documentation Nationale avec les journalistes
dans la matinée du 16 mai.
A.K
: J'ai apprécié l'idée
qui est à l'origine de l'organisation
d'une telle réunion. Je crois que
même un collègue l'a dit. Nous
sommes contents que le Gouvernement commence
à vouloir manier la carotte et non
pas toujours le bâton. Mais c'est
au milieu des discussions qu'on a senti
encore une fois, cette préoccupation
des gestionnaires de la vie publique de
vouloir donner tout le temps des leçons.
Mais ils ont oublié que nous mêmes
nous avons une mission précise de
contribuer à ramener la paix.
Umuco.com
: L'interdiction de diffuser les propos
des rebelles intervient au lendemain de
la tenue des Etats généraux
de la communication. Est-ce un retour en
arrière en matière de liberté
de la presse ?
A.K
: Retour en arrière ou un frein au
développement de la liberté
de la presse, je ne sais pas exactement
le terme qu'il faut prendre. J'imagine que
ce n'est pas irréversible qu'on va
revenir sur cette décision et qu'on
va nous permettre de discuter, de nous asseoir
ensemble en vue de voir ce qu'on peut faire
pour que cette paix qui nous préoccupe
tant puisse revenir. La communication est
en mesure de répondre à toutes
ces préoccupations.
Umuco.com
: Quelles peuvent être les conséquences
de cette mesure du Général
Major Cyrille Ndayirukiye ?
A.K
: La conséquence, c'est la nervosité
de la presse. Quand une presse se sent agressée;
vous savez ce qui peut s'en suivre. C'est
aussi une certaine privation de liberté
à l'information pour l'opinion et
pour la population.
Umuco.com
: Quel rapport entre le pouvoir et la presse
au Burundi ?
A.K
: Il y a un certain froid. Il faut que je
le dise. Les pouvoirs publics estiment probablement
que la presse n'est pas suffisamment responsable
pour pouvoir traiter de certaines questions.
C'est franchement une suspicion sinon, et
le Gouvernement et la presse sont tous pour
la paix.
Umuco.com : Le Gouvernement ferme
l'accès des journalistes aux sources
rebelles alors qu'il est en négociation
directe avec ces mêmes mouvements
rebelles. N'y a-t-il pas des contradictions
?
A.K
: C'est toujours dans les rapports entre
le Gouvernement et la presse qu'il faut
chercher les réponses à cette
question. Le Gouvernement qui négocie,
dit qu'il ne faut pas que tout ce que nous
disons soit tout le tout le temps entendu
par la population. On n'est pas encore à
l'étape finale. C'est là que
je trouve que c'est un peu fondé
ce sont des inquiétudes tout à
fait normales. Il faudrait alors que ce
gouvernement organise des points de presse
avec les journalistes, pour dire où
ils en sont, il faut le savoir. Mais les
journalistes risquent aussi de se dire,
est-ce que encore une fois c'est normal
qu'on nous dicte ce qu'on doit dire et faire.
Il faut qu'on s'entende tout ce que le Gouvernement
est en train de faire en cette matière
concerne tout le monde. Et même nous
sommes la pour les aider. S'il y a fin de
suspicion, s'il y a promotion du dialogue
entre les politiques et les médias
font peut s'arranger.
Umuco.com
: Que faire pour dissiper ce brouillard
entre le pouvoir actuel et la presse ?
A.K
: A notre niveau, je pense qu'il faut être
sérieux et travailler de façon
professionnelle. Il faut revisiter le code
déontologique pour essayer d'être
conforme avec la morale journalistiques.
Il y a également la loi sur la presse
qui est à consulter; même si
on dit qu'elle est liberticide, une fois
que nous n'avons pas encore changé,
je pense que elle peut sévir. Donc
essayons de faire sentir la nécessité
de changer cette loi, d'ailleurs le Ministre
de la Communication l'a promis. Essayons
aussi de travailler comme des professionnels.
Umuco.com
: Hier, le Gouvernement avait interdit de
publier les bilans des combats, aujourd'hui.
C'est l'embargo total des interviews des
leaders rebelles. Vous n'avez pas l'impression
qu'on évolue vers l'option de museler
la presse ?
A.K:
Ce n'est pas un museler, les gestionnaires
ont toute une série de préoccupations.
Les préoccupations de ces gens là
ne sont pas celles des hommes des médias
que nous sommes. Je propose encore une fois
la promotion de la communication pour qu'on
sache dire à quel moment peut-on
parler de bilans, à quel autre moment
peut -on parler d'autres choses que les
bilans sans se passer de cette mission d'informer
la population parce que c'est notre engagement.
Umuco.com : Souvent on entend de
la bouche des gestionnaires, que la plupart
des journalistes ont été formés
sur le tas. A qui le tort ?
A.K: Il y a des journalistes qui
sont excellents et qui se sont formés
sur le tas. Mêmes ceux qui ont été
à l'école de journalisme,
s'ils ne continuent pas à se former,
ils seront vite dépassés.
Umuco.com : A qui la faute dans ce
cas bien précis du Burundi?
A.K: Dans le cas bien précis,
la faute est au gouvernement. Parce que
l'école de journalisme a été
fermée il y a bien des années.
On a toujours promis une faculté
de communication au sein de l'université
du Burundi, elle n'est pas encore là.
Qu'on ne continue pas à se plaindre,
il faut surtout agir.
Umuco.com : La mesure de suspendre
la diffusion des interviews des rebelles
n'est-elle pas dangereuse ?
A.K : C'est une mesure qui est liberticide,
bien entendu. Je pense qu'il faudrait la
revoir. Je ne veux pas le dire autrement.
Je pense que le Ministre de la défense
a des préoccupations, il faut que
nous les comprenions et il faut qu'il comprenne
aussi notre engagement qui est celui d'informer
le public.
Umuco.com : Au niveau de l'ABJ avez-vous
l'intention de faire des démarches
auprès du Ministre pour qu'il retire
la mesure ?
A.K
: Laissons d'abord la situation se décanter
parce que tous ce que nous sommes entrain
de dire aux médias fait office d'une
déclaration. Nous allons dialoguer.
Umuco.com
: La mesure est à condamner ?
A.K
: La mesure est gênante. Au niveau
de l'ABJ, il faut que nous nous organisions
pour leur demander de la retirer.
Propos
recueillis par Gabriel Nikundana
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